Ingeborg Everaerd / La vie de Steen

La vie de Steen

Il s'agit d'une histoire en cours sur un homme qui a choisi d'être un nomade pour la vie depuis qu'il a quitté son domicile à l'âge de 13 ans et qu’il part faire de l'auto-stop pour se rendre à Paris.

J'ai rencontré Steen lors d'une journée pluvieuse de mars 2019. Nous marchions tous les deux avec nos chiens. J'ai immédiatement été intriguée par son apparence caractéristique, ses yeux amicaux et sa manière douce de parler. Steen avait amarré son bateau ce week-end-là dans un port d'Amsterdam où je vis et il m'a invité chez lui.
Curieuse comme je suis, j'ai accepté l'invitation qui a été le début de notre amitié. J'adore les nombreuses histoires qu'il m'a racontées et la façon dont il a vécu sa vie aventureuse pleine de liberté. Je l'admire d'être unique et de ne pas se soucier de ce que les autres pensent de lui. Comme il a rendu son bateau complètement autonome, il n'était dépendant de rien ni de personne, ce qui lui permettait de déplacer son bateau partout où il se sentait chez lui. Nous partageons également un intérêt commun pour la photographie, puisque j’apprends qu'il a été photographe pendant un certain temps dans les années 60 et 70. Mais Steen aimait vivre sa vie au jour le jour et changeait souvent de métier.

Un an plus tard, il a dû renoncer à ce mode de vie. En raison de sa mauvaise santé, de son grand âge et du manque d'argent, il a dû vendre son bateau. Cela avait été sa maison pendant près de 43 ans.
Toujours réfractaire à une vie sédentaire, il vit maintenant dans son vieux camping-car sur un terrain sans eau courante ni électricité. Ici, il essaye de construire une nouvelle vie autonome et de se sentir chez lui. Mais il ne se passe pas un jour sans qu'il ne regrette son ancienne vie.

Récemment, la présence de Steen est devenue trop lourde pour les propriétaires du terrain qui l'ont contraint à quitter son paradis auto-créé. Avec l'aide d'un bon ami, Steen a pu déménager sur un terrain situé derrière une grande ferme abandonnée quelque part au milieu du pays. Les séquelles de divers cancers et interventions chirurgicales ne l'ont pas encore terrassé, mais Steen n'a plus d'énergie pour créer à nouveau un nouveau paradis, de nouveaux rêves ou des aventures.

Je le regarde et essaie de retrouver cette vieille étincelle dans ses yeux. Son sens de la liberté semble s’effacer, comme un oiseau aux ailes blessées.